SAMEDI 3 JUILLET / Lieu : Université Populaire NATURist’

  • 11H30 : Conférence Naturisme – nudisme et droit” par Jean-François Feunteun,  Rsp juridique de l’APNEL 
  • 14h : Présentation du Livre Blanc « Pour que vive la Nature » par Alain Chabrolle, FNE
  • 16h : conférence “Histoire du naturisme en France de la Belle Epoque aux années 30”par La Singette / Franckditbart
  • 18h30 : Conférence –L’espéranto” par Bruno Flochon, Président d’Espéranto France
  • Atelier d’écriture libre – permanent autour du thème “Le plus simple appareil” :

à partir d’aphorismes et citations, Gérard Karnac propose de réfléchir et de réagir, de s’exprimer sur notre rapport au corps, à la nudité.

Le projet : Sur des grandes feuilles blanches indépendantes, 15 aphorismes sont écrits, numérotés de 1 à 15. Des stylos et feutres sont proposés au public. Chacune et chacun peut s’exprimer à sa façon sur chaque feuille avec des mots ou des dessins. Ou pour les personnes qui préfèrent, une boite est à disposition pour glisser une feuille avec son propre message ou dessin correspondant au numéro de l’aphorisme.

Les aphorismes sont disponibles durant les deux jours du festival.

Lors de la “causerie” avec Gérard Karnac du dimanche matin à 11h, des textes parmi toutes les contributions seront lus au public et proposés à la discussion avec le public.

 

DIMANCHE 4 JUILLET 

Lieu : sur scène 

  • 11h : Causerie – “Nus comme les dieux”  – table ronde avec Gérard Karnac, journaliste sociologue & poète – et ses invitésPhoto de profil de Gerard Larnac

Texte de réflexion : Nus comme les dieux” par Gérard Karnac

« Et nus comme les dieux, débarrassés des lois, nous irons sur la route avec les anarchistes » – Guillaume Apollinaire  

 Pourquoi sommes-nous si furieux ? Quelle promesse la modernité tardive n’a-t-elle pas tenue ? De quelle trahison de l’intime relève-t-elle ? Nos villes sont devenues les chantiers sans fin d’impossibles mémoires. Les paysages ont été dévastés. Le projet infini de mise à disposition de la nature nous a rendu purement inatteignable notre propre existence. Nous avons quitté le temps des présences pour un temps indécis. Le transhumanisme, en embaumant le sujet dans un corps « augmenté », un exo-corps, un corps-scaphandre, nous promet un monde définitivement muet, avec lequel nous n’interagirons plus que sur le mode de l’usage, c’est-à-dire de l’intention, de l’intérêt.

De sorte que ce que nous appelions « le corps libre » ne fut peut-être qu’une parenthèse enchantée entre l’invisibilisation des corps par l’Eglise et le dépassement des corps par la technologie.

Depuis Michel Foucault nous savons que toute politique est avant tout une politique des corps ; une biopolitique. Une traite des corps par l’Etat qui entend en maîtriser la représentation, les usages et les prétentions.

Par conséquent changer le regard qu’une société porte sur le corps, c’est immédiatement changer la société elle-même. C’est échapper à la vigilance de ses instances de contrôle, à ses plaisirs réglementés, à ses libéralités sans conséquence. Se donner une chance de reconquérir un peu de souveraineté sur nous-mêmes, au-delà du corps confiné. Se relocaliser sous notre propre peau. Avoir lieu.

Raison pour laquelle il est nécessaire, aujourd’hui plus que jamais, d’interroger ce nu que l’on ne saurait voir.

Etre nu, dans la tradition judéo-chrétienne, c’est subitement se découvrir en état d’innocence. Inadmissible figure de l’Eden, puisque nous sommes ici-bas pour expier la faute originelle, le nu équivaudra donc au blasphème. Comme il est aujourd’hui une sorte de « blasphème social » : en dépit des multiples évolutions sociétales qui tend à libérer chaque mode d’être, on ne va pas nu, on ne se présente pas nu. Cela ne se fait pas.

Pour un peu le sujet de la nudité, omniprésent à travers les arts, la littérature, la publicité, pourrait passer pour futile, égrillard, rabâché. Les réseaux sociaux le tiennent en suspicion et exercent sur lui leur censure permanente. S’il est au contraire fondamental d’y revenir sans cesse, c’est que le corps dit à la fois « la forme », « le cosmos », « le cadavre ». A la convergence de trois disciplines majeures, donc : esthétique, cosmologie et philosophie.

On pourrait même ajouter, avec Michel Foucault : politique. On l’a vu récemment encore avec la protestation nue de l’actrice Corinne Masiero à la cérémonie des Césars. Plus généralement, la revendication actuelle d’une nudité sociale, c’est-à-dire d’une interaction globale avec autrui sur un mode de nudité désintéressée, au sein des sociétés avancées, est un fait anthropologique majeur. Si on en trouve des traces à chaque moment de notre histoire, des Turlupins du moyen-âge aux merveilleuses du Directoire, pour ne rien dire de la natation nue dans les lycées de garçons qui fut pratiquée aux Etats-Unis des années 30 au tout début des années 60, on peut en dater la résurgence contemporaine avec la naissance du mouvement World Naked Bike Ride (WNBR) en 2001 : une parade à vélo de foules nues qui trouve un écho à travers les rues des principales grandes métropoles du monde libre, de l’Espagne au Pérou en passant par l’Angleterre, l’Australie ou les Etats-Unis. Mais curieusement pas en France qui, résolument « nudophobe », s’obstine à appliquer une politique répressive digne du « Gendarme de Saint-Tropez » (1964). Car au pays des droits de l’homme, qui plus est première destination naturiste au monde, la nudité est encore taboue : même si le droit a clairement évolué en sens contraire, elle reste spontanément assimilée à l’exhibition sexuelle. A la télévision le floutage est de rigueur. La nudité ne doit pas surprendre. Et rester circonscrite en des lieux précis. Il faudrait donc se contenter d’une pratique d’estivants sur le mode récréatif, touristique et non existentiel. De sorte que la nudité urbaine demeure, en France peut-être plus qu’ailleurs, un déplacement social. Une petite révolution en douce.

 

En 1923, Georg Luckas invente le concept de « réification ». Cela fait alors déjà quinze ans que, sur les traces de Marx, il parle de la « chosification de la vie ». La Grande Guerre, inhumaine dans l’ampleur de ses masses sacrifiées comme dans les technologies employées, comme du reste la ville, comme du reste l’usine, sont des machines à déshumaniser. Massifié par la concentration urbaine naissante, « chair à canon » du premier conflit mondial, l’homme est réduit à n’être plus qu’un simple rouage dans le dispositif productiviste (On pense bien sûr au film « Les Temps modernes » de Chaplin, 1936). Sa place dans le monde, en un temps finalement très court, en est radicalement transformée. L’abstraction normative et prédictive de la rationalité, incarnée dans les progrès fulgurants de la technique, nous a fait perdre le sens de la présence immédiate. Le « maintenant » n’est pas bien sûr, tendu vers un monde qui n’est plus qu’un projet de transformation continu du monde. Pour ne pas dire un simulacre de monde. Dès lors l’arithmétique du massacre s’emballe : que sont alors un million de morts, six millions, soixante millions ? La mort elle-même devient abstraite, invisible. La chair sera donc elle aussi abstraite et invisible.

« Tout ce que nous savons, c’est-à-dire tout ce que nous pouvons, a fini par s’imposer à ce que nous sommes », se plaignait amèrement Paul Valéry. La modernité est une tentative désespérée d’enchanter le désastre. Le meurtre était presque parfait, d’autant qu’il a eu lieu en plein jour. Mais que faire du corps ?

A cette question l’horrifique XXe siècle répond par un silence gêné. Lui qui ne sortit de la guerre-monde que pour faire gloire du consumérisme, du productivisme et de l’exploitation forcenée des ressources vitales, lui qui s’enivra si bien à coup de télévision, de publicité et de divertissements, n’a au fond jamais tranché la question : que faire du corps ? Le jouet narcissique d’un hédonisme de façade, totalement normatif, totalement sous contrôle, plus proche de l’anomie que de l’émancipation et du plaisir ? Un inutile, un encombrant, mis au rebus par la grande vague du chômage de masse qui frappe depuis les années 80 ? Ou encore une bombe démographique, source de dévastations des milieux naturels ? Le corps est devenu surnuméraire, et par là même une menace. La chair déborde, et on ne sait qu’en faire.

« Il faudra choisir un jour entre le matérialisme économique assoiffé de jouissances vulgaires, sans idéal, et l’amour de la Vie qui réclame une Organisation Sociale simple et naturelle. Car le progrès véritable réside dans l’amélioration de la personne humaine. Pas dans les « créations » plus ou moins étonnantes, plus ou moins merveilleuses, de l’homme économique », écrivait, il y a déjà plus d’un siècle, Marcel Kienné de Mongeot, ancêtre du mouvement naturiste de France.

Adossés aux horreurs du XXe siècle, inscrits dans le contexte pré-apocalyptique de l’anthropocène qui prophétise la disparition pure et simple de la biosphère, nous n’avons d’autre option que de transformer radicalement, et ce à brève échéance, nos représentations et nos pratiques du corps.

En prétendant mettre le monde à notre entière disposition, la modernité l’a réduit au silence, au mutisme. Celui-ci ne nous parle plus. Plus on l’exploite et moins on le comprend, car on a pris cette exploitation pour la preuve absolue de notre compréhension. C’est donc deux fois une erreur.

Plus rien pour répondre à notre présence. Dans cette société post-humaine, post-émotionnelle, post-corporelle, post-sexuelle, il ne restera bientôt plus aux individus qu’à être de bons petits soldats disciplinés, interchangeables et parfaitement synchronisés. A la fois ensemble et irrémédiablement séparés.

En réduisant le monde à sa pure disponibilité nous en sommes devenus les simples usagers. Pour autant nous n’en avons pas totalement terminé avec lui. Que nous soyons allongés au soleil sur une plage ou cloués sur un lit d’hôpital, quelque chose se tient là qui nous inspire et que nous inspirons : dans une relation réciproque. Etre nu, c’est être au diapason du monde. Etre nu, c’est être au monde ; dans une relation ralentie, apaisée.

Le corps, donc : telle est l’ultime question. Le reste n’est qu’un mode d‘emploi. Qu’il est plus aisé à connaître que l’esprit. Pour dire l’inverse de Descartes. Parce qu’on a la certitude de la douleur. La certitude de la sensation. Avec une idée on ne sait jamais : d’où vient-elle ? Que fait-elle là ? Est-elle vraiment la nôtre ? L’esprit, lui, n’est jamais sûr de rien. C’est pourquoi il faut parfois laisser penser la chair. S’en remettre au corps, qui meurt, meurt mais ne triche pas.

Comment, par quelle malédiction, la simple vue de l’organe de la vie, de la procréation, le sexe, pourrait-elle donc être immorale, vulgaire ou avilissante ? Montaigne déjà s’en étonnait : « Qu’a fait l’action génitale des hommes, si naturelle, si nécessaire, et si juste, pour n’en oser parler sans vergogne, et pour l’exclure des conversations ? Nous prononçons hardiment tuer, dérober, trahir ; et cela, nous n’osons le dire qu’entre les dents ».

La nudité est une façon de méditer le monde, en même temps qu’un point de vue sur les êtres et les choses. Elle constitue une liberté d’expression. Un droit fondamental qui reste à conquérir. Et comme toute liberté d’expression, la nudité ne doit pas redouter d’être contredite ; mais elle doit être élevée au même prestige que ce qui lui est opposé. La notion même de liberté choquait les contemporains de Voltaire. Nombreux étaient ceux qui s’y opposaient. Et pourtant elle fait désormais partie de la devise républicaine. De même, la nudité sociale est une révolution qui reste à accomplir.

Une démocratie, ce n’est pas l’effacement des antagonismes mais au contraire la garantie de leur contradiction pacifique. A cet égard, la nouvelle mode qui consiste à supprimer tout ce qui peut constituer une gêne pour l’individu (la culture du choc zéro comme liberté première) constitue une faute contre les libertés, une incompréhension du fondement démocratique, une complète vitrification de la vie en commun, une censure triomphante, un moralisme hystérisé : car on entre alors dans une compétition des egos et dans le règne de l’arbitraire. C’est là à n’en pas douter la plus sévère menace qui pèse sur les pratiques de nudité sociale, et plus généralement sur le progrès humain.

Car nous qui la pratiquons, cette nudité sociale, avons appris d’elle cette chose surprenante.

La nudité n’est ni une vulgarité, ni un affront ni une barbarie. Il ne faut pas la confondre avec un quelconque retour à la nature. Il y va au contraire d’une véritable éducation du regard. La nudité sociale est le signe de la plus haute civilité. La marque d’un essentiel savoir-vivre.

Gérard Karnac

 

2.4.7 – espéranto

  • Initiations d’espéranto pendant le festival
  • Du 5 au 9 juillet Semaine Verte de Naturisme (cours d’espéranto) organisée par la MCE.

Réservations / infos : 

Téléphone : 02.41.89.10.34
Portable : 06.51.24.24.23
Site Internet : http://gresillon.org/?lang=fr